quote ACFA
financementformationimmigrationpromotionresonnaissanceeh

SERVICES ET INITIATIVES

PATRIMOINE ET HISTOIRE

Le concours : «Qui sont vos 10 Héros Franco?»

Le 6 mai 2009, l’ACFA, en collaboration avec le journal Le Franco et Radio-Canada Alberta, ouvrait un débat sur les héros franco-albertains.  Parmi une liste de 30 noms, sélectionnés par un comité d’historiens, les citoyens francophones de l’Alberta étaiennt appelés à voter pour les dix personnages qui ont, selon eux, été les plus importants.

Daniel Robichaud, M.A. en histoire, a été mandaté afin d’écrire la biographie des dix personnages choisis par la population. Voici donc l’histoire de ces personnages importants qui sont devenus nos Héros Franco.

 

 

01- MARIE-ANNE GABOURY
Cette femme est une personnalité reconnue en tant que héroïne franco-albertaine, mais elle jouit d’une renommée au-delà des frontières de l’Alberta. Elle n’appartient pas qu’à l’Alberta uniquement, mais à tous les Francophones du nord de l’Amérique. Marie-Anne Gaboury est en fait une héroïne qui a engendré d’autres pionniers et grands personnages qui marqueront à leur tour le Canada. Elle est une pionnière dans plusieurs sens.

Marie-Anne Gaboury est née à Maskinongé, au Québec, le 2 août 1780. À l’âge de 25 ans, elle épouse Jean-Baptiste Lagimodière. Peu après leur mariage, les deux époux partent afin de voyager vers une nouvelle contrée : l’ouest du continent. Durant plusieurs mois, accompagnés des pionniers Joseph Paquin, Michel Genthon et Charles Bellegarde, ils voyagent en canot vers la rivière Rouge, et par la suite vers Pembina. Étant déjà la première femme blanche à se rendre si loin à l’intérieur du continent, Marie-Anne Gaboury établit une nouvelle marque en donnant naissance à Reine, le premier enfant de descendance européenne né dans l’ouest du Canada. La famille est aussi la première famille blanche à s’établir dans ce secteur.

Leur arrivée en Alberta date de 1807. Durant quatre ans, Marie-Anne Gaboury demeure à Fort des Prairies, près de la rivière Saskatchewan. La vie de pionniers n’était pas de tout repos, Marie-Anne Gaboury a donc dû se faire forte pour résister aux hivers rigoureux, aux constants déplacements et à l’absence totale de commodités. Cette vie était, à cette époque, réservée aux hommes; il y avait peu de femmes, ces dernières étant des Amérindiennes, les femmes des aventuriers de l’Ouest.  

La vie de pionniers avait ses difficultés, mais de grandes aventures aussi. Marie-Anne Gaboury n’y fait pas exception et vit de nombreuses aventures. Des récits nous racontent sa chevauchée à travers les bisons des prairies. Cette épopée s’est terminée avec la naissance d’un fils, Jean-Baptiste, surnommé Laprairie, dû à l’endroit où il est né. Ce dernier a été enlevé à deux reprises par des Amérindiens, fascinés par la blancheur de sa peau, par ses yeux bleus et par ses cheveux blonds. Durant un autre épisode, la famille a réussi à s'évader des Amérindiens Sarcis après avoir marché durant cinq jours.
 
Désirant une vie stable, après toutes ces années de vie de nomades, de conflits, de découvertes et de danger, le mari de Marie-Anne Gaboury cherche à s’établir de façon définitive. C’est alors qu’il entend parler d’une colonie au Manitoba. En 1811, la famille se dirige donc vers St-Boniface où ils pratiqueront l’agriculture et deviendront rapidement une des familles les plus prospères et les plus influentes de la colonie. En 1822, Marie-Anne Gaboury grave son nom dans les livres d’histoire en donnant naissance à Julie Lagimodière, qui sera plus tard la mère de Louis Riel. C’est ce dernier qui sera à la tête des révoltes Métis, et selon certains historiens, le créateur de la province du Manitoba.

Finalement, c’est à l’âge vénérable de 95 ans, le 14 décembre 1875, à Saint-Boniface, que s’éteint cette grande dame, la première femme blanche à avoir vu les montagnes Rocheuses. Elle a donné naissance à cinq enfants; deux garçons et trois filles. La famille Lagimondière est de nos jours une grande famille dont les descendants peuplent l’Ouest et l’Est canadien, les États-Unis et l’Europe.

Avec le temps, Marie-Anne Gaboury est devenue le symbole de toutes les femmes ayant fait preuve de courage, d’endurance et de détermination pour s’aventurer vers de vastes contrées inconnues, vers l’Ouest. Encore aujourd’hui, on célèbre cette grande dame, la première à avoir séjourné sur le territoire qui forme aujourd’hui l’Alberta. La rue Marie-Anne Gaboury, au coeur de la vie francophone d’Edmonton, ainsi que le Centre culturel Marie-Anne Gaboury, nous rappellent l’existence d’une femme d’exception. Tous les Albertains, qu’ils soient nés ici ou non, peuvent s’identifier à cette femme qui a quitté sa terre natale dans l’espoir d’une vie meilleure.

   
     
E_CHAUVET  

02- GUY LACOMBE
Certaines personnes façonnent notre univers par leurs gestes, d’autres par leurs écrits; Guy Lacombe oscille entre les deux. Ces éditoriaux prennent le pouls de notre communauté et ses actions nous poussent à améliorer notre sort. Guy Lacombe est un érudit qui a permis aux Franco-Albertains de se voir à travers un miroir impartial, sans parti-pris.

Guy Lacombe est né à Sherbrooke, au Québec, en 1933. Après avoir obtenu un Baccalauréat en éducation à l’Université d’Ottawa et une maîtrise à l’Université Laval, il se dirige dans les domaines de l’enseignement et du journalisme. Après avoir œuvré dans le secteur fédéral, à Citoyenneté Canada et au Centre National d’Information, il s’établit en Alberta. C’est à ce moment qu’il laisse sa trace dans notre histoire. 

Il arrive en 1960 en tant qu’enseignant au Collège Saint-Jean. Après neuf ans au sein de cet établissement, il devient rédacteur et, par la suite, directeur du journal Le Franco-Albertain, c’est à cette période que le journal est vendu à l’ACFA, en 1969. Dans les années soixante-dix, Le Franco-Albertain cesse de se proclamer «organe de l'ACFA», c’est-à-dire que le journal se veut dorénavant indépendant de toute partisannerie. Il faut souligner que le journal, auparavant propriété des Oblats, traite alors des paroisses et non des régions de l’Alberta francophone.  M. Lacombe désire que Le Franco-Albertain soit la voix de toute la communauté.  Durant les quatre ans dont il en est le directeur, le journal remporte de nombreux prix d'excellence. Guy Lacombe a radicalement transformé le contenu de l’hebdomadaire; ce dernier ressemble plus à celui que nous connaissons aujourd’hui.

Fort de son expérience au Franco-Albertain, Guy Lacombe quitte temporairement l’Alberta afin de travailler en tant que journaliste et éditorialiste au journal Le Droit d’Ottawa. Il revient en 1982 pour œuvrer directement au bien de la communauté; il est alors directeur adjoint de l’ACFA. Son travail consiste à faire de la recherche et de la cueillette d’information. C’est sous ce mandat qu’il s’adonne à une autre passion: l’histoire. Guy Lacombe présente des chroniques à la radio de Radio-Canada (CHFA Alberta). Par la suite, il dirige la Western Canadian Publishers, maison d’éditions des Oblats de Marie-Immaculée où il est aussi recherchiste-archiviste. Guy Lacombe décède en mai 1994.

Le legs de Guy Lacombe est impressionnant; en plus des éditoriaux publiés dans Le Franco-Albertainet des capsules historiques, Guy Lacombe a publié divers  essais. En 1995, pour sa contribution à la communauté et pour sa passion envers la langue de Molière, le Centre de ressources francophones, dont il a été précurseur dans les années soixante-dix avec sa bibliothèque roulante, est baptisé Institut Guy Lacombe de la famille.
   
     
S_DALZIEL  

03- JEAN PATOINE
Les pères Oblats font partie intégrante de l’histoire des francophones de l’Alberta: depuis 1845, ils ont été nombreux à fouler le sol albertain. Le héros que nous vous présentons aujourd’hui est aussi important que ses célèbres prédécesseurs qui ont aidé à bâtir et à développer plusieurs institutions francophones du nord au sud de notre province. Jean Patoine a touché au journalisme, à l’éducation, à la politique, sans oublier bien sûr la religion.

Jean Patoine est né à Montréal le 21 mars 1911. Après des études religieuses, il devient Oblat de Marie immaculée (OMI). C’est la religion qui l’amène dans l'Ouest canadien en 1939. Le père Jean Patoine est le curé de la paroisse Saint-Joachim de 1944 à 1953.  Il y transforme une partie de la sacristie de l’église en salle paroissiale. C’est en tant que prêtre de Saint-Joachim qu’il tente de créer une nouvelle paroisse francophone et d’y faire construire une église. Cette démarche est fructueuse; la paroisse Sainte-Anne de Jasper Place est organisée et une nouvelle église est consacrée en novembre 1952.

Sa proximité avec les Franco-Albertains l’amène à embrasser leur cause; dès son arrivée, il s’attelle à la tâche de préserver le fait français dans cette province.  Une des choses qu’il trouve importante est la diffusion des valeurs francophones par les journaux. Les francophones ont La Survivance depuis 1929 et le père Jean Patoine y travaille en tant que rédacteur en chef de 1953 à 1972. Durant cette période, le journal est tiré à 4 000 exemplaires. En 1953, le père Patoine est remplacé par Guy Lacombe. 

Du côté politique, Jean Patoine a été directeur général et secrétaire de l’exécutif de l’ACFA; cela se passe durant la période où il est au journal La Survivance.  En plus de l’ACFA, le père Patoine est bénévole dans d’autres domaines; notons par exemple qu’il est secrétaire de Radio-Edmonton Ltée, secrétaire de l’Association des éducateurs bilingues de l’Alberta et du Service d’animation sociale. Il est aussi impliqué dans des associations dont le mandat est pancanadien: l’Association canadienne d’éducation de langue française, l’Association France-Canada, le Comité permanent de la survivance française en Amérique, le Conseil de la vie française et la Fédération canadienne-française de l’Ouest.

C’est en 1972 qu’est créé le Club Jean Patoine. Le Club a pour mission d’aider les jeunes francophones de l’Alberta; le Fonds commémoratif Jean Patoine est lancé par le Club Richelieu. Cette bourse existe encore de nos jours au Campus Saint-Jean, elle est décernée à un étudiant albertain francophone ou issu de l’immersion lors de sa première année d’étude au Campus. 

Jean Patoine nous quitte le 25 septembre 1972, à Edmonton. Pour bien démontrer sa dévotion à la langue française et l’importance de ce héros franco-albertain, soulignons que les grands journaux de l’Alberta et du Québec annoncent son décès. Terminons avec cette petite éphéméride: plusieurs attribuent à Jean Patoine la paternité du terme fransaskois pour désigner les francophones vivant en Saskatchewan.
     
L_VILLENEUVE  

04 - PÈRE ALBERT LACOMBE
Né à Saint-Sulpice au Québec en 1827, et passionné par les histoires de prairies, de bisons et d’Amérindiens, cet érudit arriva à Edmonton le 19 septembre 1849.  On le reconnaît tout d’abord comme missionnaire et colonisateur, mais il est aussi linguiste et grammairien. Il a à son actif une trentaine d’ouvrages tels que des grammaires et des dictionnaires de la langue cris et pieds-noirs.  Albert Lacombe, devenu oblat de Marie Immaculée en 1856, reste pour tous les Franco-Albertains, et en particulier pour les francophones de Saint-Albert, un grand homme.

Le père Albert Lacombe a la particularité d’être lui-même métis; né d’un père francophone et d’une mère amérindienne, il est voué à aimer ces deux nations. En tant que colonisateur, le père Lacombe tente d’attirer des fermiers québécois en Alberta. Ce dernier se heurte à l’opposition de plusieurs nationalistes canadiens-français qui ne veulent pas voir la province de Québec se vider de ses agriculteurs. En tant que missionnaire, il répond à la demande de Monseigneur Taché pour s’occuper des Cris et des Métis de l’Alberta. 

COLONISATEUR
Le père Albert Lacombe est l’instigateur de nombreuses réalisations d’envergure; par contre, c’est l’établissement d’une colonie près de la rivière Esturgeon qui demeure une des plus connues. Saint-Albert, qui lui doit son nom, est fondé par ce dernier en 1861; il s’y établit deux ans plus tard.  C’est à cet emplacement que le père Lacombe écrit l’histoire de l’Alberta; il y construit la troisième église catholique de l’Alberta en 1861. L’année suivante, il fait construire un pont enjambant la rivière Esturgeon; ce dernier est le premier bâti à l’ouest de la Rivière Rouge.  Le pont est emporté lors d’une inondation en 1874, mais est reconstruit par la suite. En 1863, le père Albert Lacombe continue de plus belle en faisant bâtir le premier moulin à l’ouest de Winnipeg.

Son œuvre ne se limite pas à Saint-Albert, car le père Lacombe est un visionnaire. Il fonde une mission au Lac Sainte-Anne et il aide le développement de la vie francophone à Edmonton. C’est à cet endroit qu’il fait construire, en 1862, la première école francophone à l'ouest du Manitoba, ainsi que la Chapelle Strathcona, au sud de la rivière Saskatchewan.

MISSIONNAIRE ITINÉRANT
Au début des années 1880, les différents talents du père Lacombe sont reconnus partout au Canada. La nouvelle compagnie de chemin de fer du Canadien Pacifique (CP) fait appel à ses services. De 1880 à 1882, ce père oblat s’occupe des employés qui construisent le chemin de fer du CP dans l’Ouest.  C’est aussi à ce moment que l’on découvre un nouveau talent à cet homme, celui de pacificateur.  Lors de ses missions à travers la future Alberta, le père devient médiateur lors de la guerre entre les Cris et les Pieds-Noirs. Il reprend ce rôle lors du conflit entre les Pieds-Noirs et le CP ; ce dernier voulait faire passer la voie ferrée sur le territoire amérindien.  Le gouvernement fédéral demande de plus au père Lacombe de pacifier les Amérindiens lors de la Rébellion des Métis de 1885. Le père Lacombe prend la route du sud pour se rendre à Fort McLeod, Pincher Creek et Calgary entre 1892 à 1897.  C’est à ces endroits qu’il fondera des écoles et des hôpitaux pour Amérindiens.  C’est pour aider ces derniers qu’il retourne vers le Nord.  Sa dernière mission est la fondation de Saint-Paul-des-Métis vers 1895.

Le père Lacombe se retire à Pincher Creek en 1897. Sa dernière œuvre a été la fondation d’une maison pour les Métis pauvres à Midnapore, au sud de Calgary. C’est à cet endroit qu’il s’éteint en 1916. Lors de ses funérailles, le CP transporte son corps par train de Calgary à Saint-Albert où il est reçu par une garde d’honneur de la Police montée du Nord-Ouest. Son corps est inhumé dans la crypte de l’église de Saint-Albert tandis que son coeur repose  à Midnapore, preuve de son amour pour ces deux nations. Le 1er juillet 1929, treize ans après sa mort, une statue est érigée en son honneur à Saint-Albert.  Ce ne sont pas uniquement les Franco-Albertains qui tiennent en haute estime le père Lacombe, il a aussi beaucoup fait pour les Amérindiens: il est surnommé « l’homme au bon cœur ». Certains disent même qu’il a donné son nom à la province de l’Alberta!
   
     
J_MOREAU  

05- MARGUERITE DENTINGER
Plusieurs personnes ont façonné, à leur manière, la communauté francophone de l’Alberta. En général, le souvenir que garde l’Histoire est celui des hommes qui travaillent, sur une base régulière. Il est rare et difficile de faire l’Histoire des femmes, qui restent souvent dans l’ombre. Pour ce qui est de Marguerite Dentinger, les sources historiques sont rares; nous avons donc dû nous tourner vers des gens qui l’ont connu. Pourquoi cette femme est considérée comme une héroïne franco-albertaine? Selon son fils, Jean-Louis, ce fait est basé sur son implication communautaire inconditionnelle et le fait qu’elle se donnait sans compter. Ses passions: le français, l’éducation et l’action catholique.

Marguerite Dentinger est née à Gravelbourg, en Saskatchewan, en 1918. Sa famille déménage à Buckingham, au Québec dans les années vingt. Ils viennent ensuite s’installer à Donnelly, en Alberta, pendant la Crise des années trente.  C’est ici qu’elle rencontre son mari, Pierre. Le couple aura quatre enfants: René, Jean-Louis, Irène et Marie-Thérèse.

De prime abord, Marguerite Dentinger est fermière et enseignante à Falher, dans le Nord de l’Alberta. En plus de ces occupations, elle œuvre à façonner la vie communautaire des francophones du Nord de la province. À travers les années, elle siège sur différents comités. En outre, Marguerite a été présidente de l’Action catholique canadienne, des dames fermières et a siégé sur le jury du concours oratoire de l’ACFA. Elle est aussi connue en tant qu’agente de développement communautaire de l’ACFA pour la région du Nord de l’Alberta.  Au niveau local, elle travaille à organiser une radio dans le Nord; elle a à cœur la construction d’une tour de radiodiffusion à Falher.

Grâce à ses différentes actions communautaires, elle est amenée à rencontrer d’autres personnes importantes. Marguerite est proche de Guy Lacombe avec qui elle œuvre pour le développement de la francophonie albertaine. Pour ce qui est de l’Action catholique, Marguerite est en contact étroit avec le Directeur général de l’époque, Claude Ryan. Finalement, elle travaille au sein du CARDA et avec Fernando Girard pour le développement de Saint-Isidore.

Une fin tragique attend Marguerite et son époux Pierre. Le 18 avril 1975, alors qu’ils se rendent à Edmonton pour une réunion d’animation sociale, le couple meurt dans un accident de voiture. Cette mort prématurée endeuille la communauté francophone, pour qui Pierre et Marguerite ont donné littéralement corps et âme. C’est pour récompenser l’action communautaire de cette héroïne du Nord de l’Alberta que l’ACFA provinciale a nommé, en son honneur, le prix d’Excellence Marguerite-Dentinger. Ce prix est attribué chaque année à une personne qui a contribué au développement communautaire des francophones de l’Alberta.
   
     
P_DENIS  

06- JULES VAN BRABANT
Si St-Albert a le père Lacombe et St-Isidore Fernando Girard, les francophones de Saint-Paul ont aussi leur grand homme. Ce Franco-Albertain est né en 1921 dans la ville de Saint-Paul, d’un père Belge et d’une mère de descendance québécoise. Homme d’affaires, cofondateur de Radio-Edmonton Ltée, journaliste et défenseur de la francophonie de l’Alberta, Jules Van Brabant mérite certainement le titre de héro francophone de l’Alberta.

Jules Van Brabant étudie au Juniorat Saint-Jean de 1935 à 1942. De retour à Saint-Paul, cet homme se lance en affaires; d’abord échevin de la paroisse, il est élu en tant que maire de la ville de Saint-Paul en 1954. Il est, à ce jour, le plus jeune homme à avoir assumé ces fonctions. Van Brabant termine son mandat de maire en 1969. Durant ses quinze ans comme maire de Saint-Paul, il a aidé à augmenter et améliorer les services à la population. En 1959, il fait construire une école secondaire, un foyer pour personnes âgées et un hôpital neuf. Il va même briguer le poste de député fédéral pour la circonscription électorale d’Athabaska; il est malheureusement vaincu par le conservateur Jack Big aux élections fédérales de 1962. Cette même année, il lance un défi au maire de Bonnyville, Vic Justik.  L’Histoire ne dit pas quel était l’enjeu du défi, mais monsieur Van Brabant perd le pari et doit marcher de Saint-Paul à Bonnyville. 

En plus d’être un homme d’affaires, Jules Van Brabant est un philanthrope. Il a été acteur et directeur du Cercle dramatique de Saint-Paul en plus d’écrire des poèmes. À partir de 1982, il est correspondant au journal Le Franco-Albertain. Finalement, en 1981, ce dernier se rend à Calcutta où il rencontre Mère Teresa après avoir fait une collecte de fonds pour son oeuvre.

Jules Van Brabant est aussi bien enraciné dans sa communauté. Il a évolué dans le domaine des affaires en étant président de la chambre de commerce de Saint-Paul, en éducation en tant que commissaire de 1948 à 1953 et finalement en tenant le rôle de président de la commission scolaire de 1954 à 1962. C’est aussi en tant que défenseur de l’Alberta francophone que Jules Van Brabant se fait reconnaître. Tout d’abord, il sera président de l’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA), régionale de Saint-Paul de 1963 à 1967. En 1971, lorsque le poste de président provincial de l’ACFA est à pourvoir, monsieur Van Barbant se présente. Il a comme opposant le Dr Joseph Moreau qui a déjà été président en 1966. Van Brabant l’emporte et devient le nouveau président de 1971 à 1973. Sous sa présidence, Radio-Canada s’intéresse à l’achat du poste de radio francophone CHFA; la transaction est conclue en 1974. C’est aussi Van Brabant qui négocia la vente à l’ACFA du journal Le Franco-Albertain, journal qui était la possession des Oblats de Marie immaculée (OMI). En tant que président de l’ACFA, il a aussi contribué à l’établissement de la caisse Francalta à Edmonton en 1972.

Pour son dévouement au développement communautaire, Jules Van Brabant a été récompensé de plusieurs honneurs. Pour ne pas tous les nommer, il faut tout de même souligner qu’il a reçu un doctorat honorifique de l’Université de l’Alberta en 1984, en plus d’être accepté dans la Compagnie des Cent Associés francophones. Il est donc évident pour beaucoup de Franco-Albertains, que Jules Van Brabant, le père de l’artiste Sylvie Van Brabant, à une place de choix dans l’histoire de l’Alberta francophone et en tant que héro de sa communauté.
   
     
   

07- FERNANDO GIRARD
Une biographie historique n’est pas nécessairement centrée uniquement sur les actes publics d’un individu, mais également sur ses accomplissements au quotidien.  Ce que je vous propose ce mois-ci, ce sont des extraits du témoignage d’une des filles de Fernando Girard, Fernande Bergeron.

Fernando Girard est né en 1914, à Saint-Ambroise, au Saguenay. Orphelin à quelques semaines, un oncle prêtre l’envoie au séminaire dans l’espoir qu’il devienne prêtre. La Grande Dépression le force à prendre le chemin du travail, comme bûcheron dans les chantiers. C’est là qu’il découvre les conditions déplorables des travailleurs.  Inspiré par l’abbé Gérard Bouchard, il est initié à l’Action Catholique et au tout premier chantier coopératif, pour améliorer le sort des bûcherons. Dès lors il débute une carrière dans ce milieu au Québec et en Alberta. C’est une vie de passion, et pour nous une vie de héros, que Fernande nous fait découvrir.  

Au Saguenay, il est contracteur de chantiers coopératifs. Par la suite, il collabore aussi avec l’Union des cultivateurs catholiques. Durant cette période, il travaille à envoyer des gens en Alberta et au Nord de l’Ontario.  Selon Fernande, il investit beaucoup de temps à faire la promotion de la vie dans l’Ouest. Finalement, un projet unique pousse la famille Girard à s’aventurer dans l’Ouest canadien, « le projet St-Isidore », situé au Nord de l’Alberta. Le 13 mai 1955, la famille arrive par train à McLennan et emménage à Saint-Isidore, non pas en tant que fermier, mais bien en tant que gérant de la Société des compagnons de St-Isidore où Fernando Girard établit un magasin coopératif.  Fernande se rappelle que son père était un homme rassembleur; il y avait toujours de la visite à la maison. Elle souligne qu’un jour Fernando revient à la maison avec Monseigneur Routhier du diocèse de Grouard MacLennan, sans avertir sa femme qui est surprise faisant le ménage et la lessive. 

C’est en Alberta que monsieur Girard cultive une autre de ses passions, la jeunesse. Selon Fernande: « son plus grand plaisir est d’être assis à table, un enfant sur ses genoux». Il aimait bien les voir s’amuser dans son assiette, au grand désespoir de Sophie. Sa femme et lui ont eu onze enfants, dont huit sont toujours vivants. Il aime aussi être entouré de jeunes dans sa vie professionnelle; il leur offre leur première chance. Encore aujourd’hui, les jeunes auxquels il a donné sa confiance évoluent dans la communauté francophone, tel Camille Bérubé de la Caisse de Beaumont. C’est pour cette raison que sa famille a créé, en 1991, onze ans après sa mort, la Bourse Fernando Girard. Celle-ci est décernée à des étudiants francophones du domaine de l’économie et de la coopération qui s’impliquent dans leur communauté.

Pour sa famille et pour la communauté francophone de l’Alberta, Fernando Girard est le champion du mouvement coopératif, un homme qui a prêché par l’exemple, bon vivant et positif, pour qui un problème est toujours accompagné d’une solution. Voilà ce qui en fait un héros de notre communauté. Pour connaître toutes les réalisations de Fernando Girard, je vous invite à consulter « Tout pour tous » rédigé par son fils Réal Girard.

Éphémérides :
1966 -- Création du conseil albertain de la coopération, dont il est président
1970 -- Gestionnaire de Francalta (Première caisse populaire francophone de l’Alberta)
1975 – Il reçoit l’Ordre du mérite coopératif du Conseil canadien de la coopération

   
     
F_LEVASSEUR  

08- MAURICE LAVALLÉE
Si quelqu’un se promène dans les communautés francophones de l’Alberta, il s’apercevra rapidement que plusieurs de nos institutions portent des noms de personnes célèbres, de saints, de personnalités publiques du Canada et de l’étranger, mais aussi des héros francophones de l’Alberta. C’est le cas de l’école Maurice-Lavallée. Qu’a fait cet homme pour mériter que la première école francophone catholique d’Edmonton fondée en septembre 1984 porte son nom?  C’est ce que nous vous proposons de découvrir dans ce dernier portrait de la série «les héros franco-albertains».

C’est en 1904 à Saint-Robert au Québec que naît Maurice Éloi Lavallée. Après des études au collège des Jésuites, M. Lavallée part pour l’Alberta. C’est pour enseigner au Collège Saint-François-Xavier qu’il déménage à  Edmonton en 1927.  Dès lors, il se rend compte que l’éducation est un pilier de la communauté franco-albertaine. Pendant plus de quarante ans, cet homme aura une dévotion sans borne afin de promouvoir la langue française dans la province très majoritairement anglophone. Pour ce faire, il multipliera les événements dont le but est de faire rayonner la langue de Molière. Dès 1928, Maurice Lavallée agit pour l’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA) en produisant les Concours de français. De plus, il donnera des cours de français à la radio CKUA, organisera le festival de la chanson française et montera de nombreuses pièces de théâtre. Finalement, notons qu’il est président de l’Association des éducateurs bilingues de l’Alberta (AEBA) et de l’ACFA.

Le français oral est aussi important que le français écrit, Maurice Lavallée travaille donc aussi dans ce domaine.  De 1930 à 1935, il est directeur du journal La  Survivance.  En 1958, M. Lavallée ouvre la première librairie francophone en Alberta. Cette dernière sera fermée et deviendra la librairie française Schola.   Nous pouvons remercier Maurice Lavallée puisque c’est grâce à lui que la Librairie Le Carrefour existe de nos jours.
                                                 
De 1928 à 1986, Maurice Lavallée est dévoué à la cause du français en Alberta.  C’est le 1er août 1986 qu’il s’éteint, deux ans après que l’école Maurice-Lavallée soit fondée. En 1993, l’ACFA crée le prix Reconnaissance en éducation au nom de Maurice Lavallée. Fait intéressant à noter, le premier récipiendaire de ce prix est le Comité ad hoc pour l’éducation française (Henri Brault, Claude Ouimet, Yvon Mahé, Annette Rivard, Claudette Roy et Claudette Tardif). Ce comité a travaillé à la construction de l’école qui porte le nom de ce héros franco-albertain.

   
     
G_ARES  

09- PÈRE ARTHUR LACERTE
L’Alberta francophone a été façonnée par de nombreuses personnes, hommes et femmes. Ces derniers étaient autant laïcs que religieux. L’homme que nous vous présentons aujourd’hui est dans la même mouvance qu’Albert Lacombe, en tant que précurseur et que Guy Lacombe, en tant que visionnaire. Arthur Lacerte, un religieux manitobain de la communauté des Oblats, n’est demeuré en Alberta qu’une dizaine d’années, mais il a créé des institutions sur lesquelles la communauté francophone continue de progresser.  

Arthur Lacerte est de prime abord un administrateur scolaire. Il est arrivé en Alberta en 1957 en tant que recteur du Collège Saint-Jean. Sa première constatation est de voir que l’enseignement ne peut plus s’asseoir uniquement sur les ordres religieux; les laïcs, hommes et femmes, doivent de plus en plus prendre la relève. C’est pour cette raison qu’il désire créer un programme de formation en enseignement. Le père Lacerte connaît aussi le contexte de la francophonie en situation minoritaire; il est conscient que les professionnels francophones doivent aussi maîtriser la langue anglaise. C’est pour cela qu’il croit que le programme d’éducation doit être bilingue. Après un premier refus d’association avec l’Université de l’Alberta, le père Lacerte s’est tourné vers l’Université Laval de Québec. 

En 1962, le rêve d’Arthur Lacerte devient réalité. En septembre, la première cohorte d’enseignants débute au Collège de Pédagogie bilingue de Saint-Jean. Cette même année, les femmes font leur entrée au Collège Saint-Jean. En 1966, l’Université de l’Alberta décide d'accepter la validité des cours donnés par l'Université Laval. Les futurs enseignants suivront les deux premières années de leur formation en français au Collège Saint-Jean et la dernière en anglais au Campus principal de l’Université de l’Alberta. Le père Lacerte a donc réussi le défi de former des laïcs francophones, capables d’enseigner en français ainsi qu’en anglais. C’est avec ce succès qu’Arthur Lacerte a quitté son poste de recteur en 1967; il a été remplacé par Frank McMahon. 

Durant son séjour en Alberta, il aura aussi œuvré dans l’univers religieux. Le père Lacerte a fait partie de ceux qui ont appuyé la création d'une paroisse francophone à Edmonton, au sud de la rivière Saskatchewan. Il a participé à la fondation de la paroisse Saint-Thomas-d'Aquin, au cœur de la communauté francophone d’Edmonton, où se situe le Collège Saint-Jean. Le 2 décembre 1960, la paroisse est officiellement fondée.

En 1967, le père Lacerte est retourné au Manitoba pour s’occuper de son ordre religieux, en tant que provincial des pères Oblats de l’Immaculée. En 1977, on a reconnu son apport à l’éducation en lui décernant un Doctorat honorifique de l'Université de l'Alberta lors de la première collation des grades de la Faculté Saint-Jean. Le Manitoba en a fait de même en 1991. Finalement, en 1997, il a été reçu Membre de l'Ordre du Canada. Arthur Lacerte, nous a quittés le 17 juin 2000, à Ottawa, quinze ans après s’être retiré de la vie active.
   
     
M_LABERGE  

10 - GEORGES BUGNET
Après avoir traversé l’Atlantique pour s’établir de façon définitive en Alberta, ce personnage a, à sa façon, modelé l’univers contemporain des francophones d’ici. Son parcours inclut l’éducation, la littérature, l’horticulture et la promotion du fait français dans l’Ouest canadien. Né en France en 1879 et décédé en 1981 à l’âge très vénérable de 101 ans, cet homme a été un philanthrope.

Georges Bugnet étudie en France à la Faculté des lettres de Dijon et ainsi qu’à la Sorbonne (Paris). Fervent catholique, il est membre de l'Action catholique de la jeunesse française (ACJF). Ce sont vraiment les lettres qui le fascinent; il commence à être journaliste et ensuite rédacteur en chef du mensuel La Croix. En 1905, il rencontre un missionnaire colonisateur qui lui parle du Canada. Convaincu par les paroles de ce dernier, il part vers le nouveau pays, ne sachant pas que cette terre d’accueil deviendra sa patrie. Après avoir demeuré au Manitoba, Georges Bugnet et sa femme s’installent à Rich Valley, à l’endroit où ils vont habiter pendant 49 ans. C’est de cette résidence que cet homme va contribuer, par sa plume, à façonner l’Alberta francophone.

Durant toute sa vie, Georges Bugnet butine entre trois domaines : l’horticulture, l’écriture et l’éducation. Dans le domaine de l’agriculture, Bugnet travaille d’arrache-pied; sa passion l’amène à créer différentes nouvelles variétés de plantes, tels des lilas, du chèvrefeuille, des prunes et des roses, à qui il donna le nom de membres de sa famille, telle que la rose Thérèse Bugnet ou Louise Bugnet.

Georges Bugnet fait aussi fleurir le domaine des lettres. Au cours de sa vie, il écrit de nombreux romans et poèmes. Au début, il utilise un prête-nom, celui d’Henri d’Outremont, pour publier deux premiers romans : Le Lys du sang, en 1922 et La Forêt, en 1935. Sa vie en Alberta, ses expériences, les Amérindiens et la beauté de la province l’inspirent grandement dans ses ouvrages, comme les lecteurs peuvent le découvrir à travers Nipsya et Canadiana. Outre les livres et les poèmes, Georges Bugnet écrit pour divers journaux et revues. Il collabore pour Le Canada français de l’Université Laval et pour le journal La Survivance, dans lequel il publie 33 articles sur une période de 20 ans. De 1924 à 1929, il est rédacteur en chef du premier hebdomadaire francophone de l’Alberta, le journal L’Union

Sa passion de la langue de Molière l’attire aussi vers deux autres domaines : l’éducation et la défense des intérêts des francophones de l’Alberta. Tout d’abord, Georges Bugnet travaille pour le district scolaire de Lac-Sainte-Anne. Durant une période d’une trentaine d’années, il a été secrétaire au Conseil du district (1916 à 1936) et directeur de cette division scolaire jusqu’à l’âge de 70 ans. Les Franco-Albertains lui vouent aussi une grande admiration pour sa participation à la création de l’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA). Georges Bugnet a été membre du comité provisoire chargé de créer une entité ayant le mandat de défendre et de promouvoir le fait francophone et catholique de l’Alberta, ce qui deviendra l’ACFA.  Il a également été président du comité organisateur du 1er Congrès général de l’ACFA. En 1970, pour sa dévotion aux lettres et son travail d’écrivain, il reçoit le titre de chevalier des palmes académiques de la République française. Huit ans plus tard, en 1978, l'Université de l'Alberta lui remet un doctorat honoris causa qui reconnaît son apport dans les domaines de la littérature et de l’horticulture.

Finalement, c’est à l’aube de ses 70 ans que Georges Bugnet se retire de la vie active et engagée. Il demeure cependant collaborateur pour La Survivance. Il quitte Rich Valley pour aller s’installer à Legal, et ultimement à St-Albert, où il s’éteint en 1981. Pour paraphraser Guy Lecomte; Georges Bugnet est le seul écrivain venu de la France qui n’y est pas retourné, ainsi que le seul qui repose en terre canadienne.